Et bien en voilà une Lapalissade. Parce qu'il n'est jamais bon de rester sur une mauvaise impression, tout a été mis en oeuvre pour que la situation d'hier, avec les 2nd grade, ne se reproduise pas.
Convocation des trois élèves perturbateurs, de leur famille. Exclusion temporaire de la classe, rappel du règlement intérieur. Visite de "l'assistant principal" en début de séance du "substitute" qui couvre la "prep period" de ma collègue et qui, habituellement, ne peut placer un mot tellement les élèves crient pendant qu'il fait cours. Je me fais discrète, assise avec les 3rd grade, dont la collègue est absente. Nous travaillons ensemble sur un exercice qui les amuse : former le maximum de phrases à l'aide d'adjectifs et de noms + débuts de phrases type "lanceur". A la fin, c'était à celui qui écrivait la phrase la plus "folle", celle qui ne voulait rien dire. Peu importe, pourvu que la tournure grammaticale soit correcte. Et maintenant, ils font dans l'humour...
13h35 : French time!
Pas plus décidés qu'hier. Mais moi, je suis bien décidée à ne pas les laisser faire. Je ne lâche pas l'affaire : chant de Noël (Mr le Principal fait un petit tour à ce moment là pour voir si tout se passe bien... Franchement? A ce moment très précis de la journée, de l'après-midi, de la séance, ce sont des .............ANGES!!!!!!!!!!!!!!!!!!!) Fichtre! Que demander de plus? Mais pourtant, je me dis que ce n'est absolument pas la réalité en ce moment. Les élèves n'en peuvent plus et nous pareil. Nous avons besoin de repos et eux aussi. Quatre mois sans aucune coupure (à part les 4 malheureux jours de Thanksgiving, c'est trop dur). Mr le Principal s'en va à pas feutrés.
J'enchaîne sur l'histoire de "Starry night" de Neil Waldman que je raconte en français.
Puis je distribue une fiche de vocabulaire pour les aider à faire leur portrait.
Rien que pour colorier les cheveux de 4 personnages, il nous faudra 20 mn.
Puis je les envoie à leur table pour écrire 4 phrases sur la couleur de leur cheveux, l'aspect de leur chevelure, leur personnalité et leurs habits (tout est écrit surla fiche, il ne leur restait plus qu'à choisir ce qui leur correspondait).
Dix minutes avant "dismissal" (la sortie), il a fallu déployer une énergie folle pour réussir à avoir ces quatre lignes écrites par TOUS les élèves.
Je sors de l'école épuisée, mal à la tête, mais avec l'impression que les élèves ont fait quelque chose, que nous pourrons continuer à avancer demain, et que notre projet pourra se poursuivre.
Bilan de tout ceci : le problème des rythmes scolaires (1er trimestre trop long, journée de classe sans véritable coupure où les élèves jouent et se délassent), problème des programmes bilingues où l'on inclut des élèves pas du tout motivés + troubles du comportement, problème du programme qui est plus intensif que l'an dernier (une "unit of study" ne dure que 4 semaines à l'issue de laquelle chaque élève doit produire un écrit ; et 4 semaines, c'est très court en français pour intégrer un nouveau vocabulaire et des structures langagières), problèmes d'effectifs (24 élèves dans une classe bilingue c'est trop, l'idéal étant de différencier en petits groupes).
Tous ces problèmes ne sont pas particuliers aux écoles publiques de New York et concernent aussi les établissements français. A cela rajoutons une autre culture, une autre pédagogie et tout est en place pour que le défi laisse place (parfois mais pas toujours) à des situations difficiles.
Tout ceci ne concerne qu'une classe. C'est la raison pour laquelle je me garde bien de généraliser.
Avec les 1st grade, c'est le "paradis" : superficie de la classe idéale, beaucoup d'espace pour circuler, pour les affichages, smarboard (TBI), élèves adorables et réceptifs, respectueux.
Avec les 3rd grade, la collègue prend trois fois par semaine un groupe et permet la différenciation, toujours valorisante pour les élèves. Même s'ils ont été durs les 1ers mois, les voilà motivés pour continuer leur apprentissage du français. Je leur prépare un projet de simulation globale pour le 2e trimestre. Un véritable challenge qu'ils vont relever avec brio, j'en suis sûre!
Bref, à chaque situation sa spécificité.
Combien de fois ai-je cité le travail d'équipe remarquable qui est celui de cette école! Et cette classe de 2nd grade, qui est très en difficulté, ne pourra s'en sortir que grâce à une prise de conscience et une réactivité de toute une équipe : réseau d'aide, décisions des supérieurs hiérarchiques, remise en question de la collègue américaine qui n'a pas vu venir les difficultés et les mauvaises habitudes des élèves. Il est toujours très difficile de "redresser la barre". Avant la rentrée, le principal de l'école et ses assistants avaient bien insister sur l'importance du "day one"! Tout un symbole : le 1er jour, c'est là où l'on fait connaissance, mais c'est surtout là où l'on prend de bonnes habitudes d'élèves. Peut-être le rendez-vous a t-il été manqué dans cette classe?
Et vogue la galère!!!