2014 - 1969 (date de mon entrée en école maternelle) = 45. Je n'avais jamais fait CE calcul là. 45 rentrées depuis mes premiers pas à l'école maternelle. Parmi ces 45 rentrées, je n'en ai manqué qu'une, devenant maman pour la deuxième fois (le fiston ironise d'ailleurs souvent sur cette date d'anniversaire, qui correspond évidemment à une date de rentrée scolaire... comme si dans mes rêves les plus fous, j'avais prévu cela. Au royaume de la programmation, j'eus été championne. Mais non! Pour le coup, c'est dame nature qui avait décidé. L'Education Nationale n'avait rien à voir là-dedans).
Il reste à mon actif 44 rentrées. Cela en fait des cartables remplis, des étiquettes à coller, des livres couverts, des espoirs, des maux de ventre, de belles rencontres avec de nouveaux amis, de l'admiration pour des professeurs et la crainte pour d'autres, des milliers de souvenirs faits de sensations, de sentiments, de faits précis, d'odeurs de feuilles de marronniers et de pluie mêlés ou de crayons de couleur taillés.
En maternelle, je croyais dur comme fer que ma maman restait dans le couloir toute la matinée. Très simple dans ma tête de petite fille de 4 ans : je disais au revoir à ma mère qui se trouvait à la porte de la classe. La maîtresse fermait la porte. La matinée s'écoulait. Puis la porte se rouvrait et la première maman, c'était la mienne! Donc, elle n'avait évidemment pas bougé de la matinée. La maîtresse en dit un mot à ma mère qui répondit "Laissez-lui croire.". Ce seul souvenir de cette complicité entre ma mère et ma maîtresse de l'époque m'émeut encore. C'est incroyable ce qui peut se passer dans la tête d'un enfant!
Je rentrais au CP en sachant lire (j'avais appris pendant les vacances d'été avec une méthode purement syllabique de ce style...

... et la maîtresse me demandait de lire à haute voix pendant qu'elle allait discuter avec sa collègue dans le couloir).
Est-ce à cette époque que ma vocation est née? Je n'en sais rien!
Durant mes années d'école élémentaire, dès le matin, il fallait mettre un mouchoir en tissu, déplié sur la table et poser ses mains parfaitement propres dessus. La maîtresse passait dans les rangs et inspectait les mains, dessus, paume et ne nous autorisait à écrire sur nos cahiers que lorsqu'elle estimait nos mains irréprochables de propreté.
Chacun a dans ses tiroirs tout autant d'anecdotes touchantes et nostalgiques.
Sauf que pour un enseignant, la différence réside dans le fait que ce cycle de rentrées ne se rompt pas. Je me risquerai même à dire que c'est un piège qui crée l'illusion que le temps ne passe pas. Devant vous, années après années, le même public vous fait face : même âge, même jeunesse. Sauf que vous, vous vieillissez.
J'ai commencé ma carrière d'enseignante avec des machines à polycopier à alcool. Allez... une p'tite photo pour se rafraîchir la mémoire...
Les documents pouvaient être bleus, noirs, verts ou rouges. Point de fantaisie et tout se faisait à la main. Des heures de préparation et la bonne odeur de l'alcool dans la classe...
Sans vouloir jouer les nostalgiques, j'ai vu l'arrivée des premiers ordinateurs dans les années 80. "Qu'allons-nous faire de ces machines?" nous demandions-nous alors. Puis ce fut la constitution de salles informatiques, l'utilisation de rétro-projecteurs avant les vidéo-projecteurs et maintenant les TBI.
Les stencils ne me manquent pas. La lourdeur de l'installation d'un vidéo-projecteur non plus. Je me suis parfaitement adaptée aux nouvelles technologies pour peu qu'elles m'aident dans ma pédagogie. Et c'est le cas!
Car il faut quand même se rendre à cette évidence : quel est le point commun à ces 45 rentrées? C'est le savoir transmis, l'instruction dispensée, ces dizaines de paires d'yeux mi-apeurés, mi-admiratifs qui vous observent et dont vous devrez capter la confiance pour les mener sur un chemin passionnant mais ô combien difficile, vers une destination dont vous connaissez sur le bout des doigts les objectifs et les finalités, mais que eux ignorent.
C'est cette rencontre du premier jour d'une année scolaire qui est si spéciale. Je n'ai pas droit à l'erreur. Je dois donner envie à mes petits élèves d'apprendre. Et sur les vingt-huit qui seront assis devant moi, je ne suis pas certaine de l'unanimité des motivations. Ce sont les indécis, les angoissés, les déçus et les apeurés que je dois convaincre. Non pas par un show et de l'amusement, mais par l'intérêt que je vais susciter chez eux.
J'adore leur expliquer, le premier jour, le premier matin de l'année scolaire du CP, avec tout l'enthousiasme et le mystère dont je peux faire preuve, qu'ils vont apprendre à lire et qu'à la fin de l'année, ils pourront lire TOUS les livres qu'ils auront envie de lire à la bibliothèque. Et là, croyez-moi, (car cela fait tout de même belle lurette que j'ai vécu la chose), les yeux s'écarquillent, le silence se fait et quelques chuchotements laissent s'échapper "TOUS???".
Ce rêve amorcé, cette envie, ce désir jamais évoqué mais maintenant à portée de main, font que l'année peut enfin débuter et que les efforts quotidiens seront vécus telle une chasse au trésor.
Il n'y a pas de rentrée routinière.
Jamais.
Aucun enfant ne se ressemble.
Aucune classe n'est semblable.
Et chaque année scolaire est une merveilleuse aventure dont, à ce jour, je ne me suis pas lassée.
Alors, même si c'est un peu .... désuet... et bien tant pis, j'assume!!!
Bonne rentrée à tous les élèves et à tous les collègues...