Je ne connais pas leurs prénoms.
Je les appellerais donc Rosa pour l'une, et Furia pour l'autre.
J'ai rencontré Rosa un soir, dans le métro, alors que je m'asseyais et que je disais à Nico "ça fait du bien de s'asseoir". M'entendant parler français, Rosa a répondu "Oh oui! surtout quand on est fatiguée, à la fin de la journée".
J'ai entendu Furia rugir de rage, dans le métro, entrant dans le wagon avec pertes et fracas et ponctuant ses phrases (ou autres rugissements) de f.....ing et autres délicatesses d'une langue anglaise que je ne côtoie que très rarement.
Rosa me parle de sa fille, qui lui manque et qui habite Paris, de ses enfants, tous diplômés, bilingues. Elle mentionne ses petits enfants, à qui elle continue de parler français, à qui elle achète des livres français, et qui leur fait faire des devoirs ... en français. Le bilinguisme... essentiel!
Furia parle très fort. Elle se trouve juste derrière moi et engage une conversation (hum!) avec un jeune homme. Les virgules, ce sont des f...ing, et les points également. Cela donne : "This f...ing MTA!! This f...ing people ready to kill someone who wants to get in this f....ing train".
Rosa me parle de ses trajets en métro. Elle dit habiter à Brooklyn (Tiens, moi aussi!) et travailler dans le Bronx (Tiens, moi aussi!). Puis, tandis que nous sourions toutes deux, nous parlons de notre travail. Elle est conductrice de bus scolaires (oui, les jaunes, pas confortables du tout, mais tellement jolis à voir
).
Furia n'arrête pas. "My f...ing boss is angry. I'm f...ing late every day because of this f...ing train". Là, j'en ai un peu assez de sa vulgaire ponctuation. Je soupire. Echange de regard avec une jeune fille juste à côté de moi puis sourire entendu.
Rosa dit qu'elle se lève à 3h du matin pour être à 5h dans le train afin d'être à l'heure au travail. Même ton calme, poli et digne pour parler de sa fatigue et de sa lourde tâche quotidienne pour permettre à tous ses enfants d'aller à l'école et d'obtenir un diplôme américain..."avec un tel diplôme, tu peux travailler partout dans le monde!" dit - elle.
Furia dit qu'elle refuse l'idée de se lever plus tôt. Très bonne idée, me dis-je. Quelques f...ing de moins à entendre par ses voisins de palier.
Elle annonce (toujours en rugissant) qu'elle descend au prochain arrêt. Oh oui!!! Faites que ce soit vrai.
Rosa descend à Fulton également. Nous continuons à discuter tandis que nous nous dirigeons vers la ligne A (pour elle) , C (pour nous). Nous nous disons au revoir. Beau sourire. Silhouette lasse. Mais une belle personnalité. Et un amour commun pour NY et le bilinguime.
Ouf! Furia est descendue du train. Le silence se fait... (non, non, pas pesant du tout)... plutôt ... comment dire... appréciable. Pauvre Furia... Tant d'énergie à hair : 1- les gens ; 2- la MTA ; 3- le conducteur de la MTA ; 4- le président de la MTA ; 5- son patron. Furia s'aime t-elle elle même? Après tout, on s'en moque pas mal...
Je vous rassure. Les Furia sont très rares ici à NY. Et les Rosa, il y en a des tas. C'est ce qui fait que, même si la vie est vraiment très dure ici, les personnes la rendent si belle.![]()