On en plaisante le plus souvent. Et on s'imagine sur un transat, sans contraintes d'horaires, libres de s'investir en tant que bénévole dans diverses associations, bénéficiant des meilleurs tarifs parce-que-pour-une-fois-vous-ne-payez-pas-plein-pot-puisque-vous-êtes-HORS-TEMPS-SCOLAIRE! Fichtre! Vous pouvez rêver, fantasmer, idéaliser ce moment de votre vie où la liberté l'emporte sur le carcan d'une vie professionnelle réglée à la minute près.
Oui, mais voilà, ça n'est pas si simple.
Parce que ce matin, je l'ai reçu!
Le fameux e-mail.
Rien que l'intitulé. Brrrrr. Fait froid subitement. "Personnel"- "Droit information retraite" - "Relevé de situation".
C'est sérieux ce truc :( Trois titres en un.
Il était 6:30 ce matin. Je venais de me réveiller. Après une lecture hâtive de l'email, je me risquais à ouvrir la pièce jointe. Et là, il faut bien l'avouer : même avec mes lunettes de vue (oui, et alors?) impossible de lire le document. Peut-être pas envie. Remettons cette lecture à plus tard.
Petite matinée de mercredi habituelle. Les nouveaux rythmes? Allez, on s'y est fait. Au cours de ma carrière, j'ai connu le samedi matin travaillé, puis la semaine de quatre jours et enfin, retour à cinq matinées de classe. Aucun avis à partager (ce serait trop long de détailler).
Retour à la maison à midi. J'ouvre ma boîte aux lettres. Une lettre, cet antique moyen de communication qui se fait rare! L'expéditeur : dépistage 66. Je ris jaune. J'ouvre la missive. C'est la deuxième de même nature en 15 jours. La première concernant une mammographie, et la deuxième....... le dépistage du cancer colo-machin.
Dire que je me suis précipitée sur mon téléphone pour prendre rendez-vous serait abusé. C'est même le contraire qui s'est passé. J'accroche les deux lettres sur mon aide-mémoire à l'aide de deux minuscule pinces à linge et je les fixe avec consternation et résignation. Soit! Un petit rappel que le corps n'est plus ce qu'il était et qu'à 50 ans, il vaut mieux prévenir que guérir.
Et je replonge dans mon e-mail à trois titres avec une pièce jointe qui va déterminer le moment où je pourrai profiter du transat, des tarifs avantageux et qui va me donner des ailes pour du bénévolat à tout va. Hé hé.
"Vous êtes née en 1965." (nooooooooooooon! quelle info!!!)
"Nous avons aujourd'hui le plaisir de vous adresser...votre relevé de situation individuelle". (vous allez devenir un vieux croûton et cela en réjouit plus d'un).
Je n'aime pas le ton.
Je n'apprécie pas que l'on me rappelle que je vieillis.
Je déteste les adieux sur le quai de la gare.
Et j'ose penser que mon pot de départ (s'il y en a un), ce sera adieu-sur-le-quai-de-la-gare puissance 10.
Bah... Je me raisonne bien vite et je me dis que ce n'est qu'un mauvais moment à passer, du style visite chez le dentiste ou paiement de la taxe foncière.
Je fais mon petit calcul : il me reste à travailler exactement 47 trimestres. ça n'est rien que ..... 10 ans et trois mois.
Petite toux passagère. Raclement de gorge. (il faudrait prévoir un dépistage ORL)
10 rentrées futures et un âge de la retraite qui m'amène à..... 60 ans.
Bon.
10 ans, c'est un compte "rond".
C'est pas si terrible.
ça recule le moment où je serai cataloguée vieux croûton.
ça repousse l'horizon de la fin de carrière.
C'est une décennie à réaliser de nouvelles expériences.
A faire de nouvelles rencontres.
A jouer à la "djeune"... alors qu'en face, les élèves, eux, ont toujours le même âge et que cette illusion ne nous permet pas de voir le temps qui passe.
J'ai 50 ans, 20 ans dans ma tête, et mon dossier de mut' à remplir, pour vivre la prochaine décennie ailleurs, autrement et donner un nouveau souffle à ma vie et à ma carrière.
Je vous entends d'ici ;-) "mais... mais... elle ne s'arrête jamais!!"
Si... dans 47 trimestres!
Quoique je me dis qu'il y a des postes intéressants à l'étranger, pour les retraités. Histoire de reculer encore un peu le moment de faire partie du club des vieux croûtons.
Et comme, en France, tout se termine en chanson, je trouve celle-ci très à propos.
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