Donald, vous connaissez. Pas le canard de Disney qui court toujours après un Picsou toujours plus riche, plus puissant, plus "tout".
Non, le mien, mon élève, celui qui, en opposition au personnage de dessin animé, manipule à souhait, provoque, insulte "en douce" ses camarades jusqu'à crise de nerfs, s'amuse de ces mêmes crises de nerfs, défie toute autorité, se prend pour un adulte et revendique l'admiration, le respect et un statut bien différent de ses pairs, à savoir, des élèves n'ayant pas encore atteint l'âge de 8 ans. C'est pour dire. Got it?
Donald n'a jamais vraiment lâché sa pression à mon encontre. Toujours "border line". Un regard perçant, un refus de suivre les règles, de faire "comme tout le monde". Non, Donald estime valoir plus que de s'abaisser à se fondre dans un moule. Il faut qu'il sorte du lot. Mais sûrement pas en travaillant, ni en comparant son travail.
Depuis vendredi dernier, ça a été l'apothéose. Jusqu'à ce "You are the baby" lancé à mon encontre, regard droit dans les yeux, menton juste relevé pour donner plus d'applomb à son effronterie et son irrespect total. Fuite dans le couloir, course dans les escaliers et refuge auprès d'un membre du staff, chargé de la surveillance des élèves. (tiens, ça tombe bien!).
Impunité la plus totale.
Moi, je dis STOP.
Hier je quitte l'école assez misérable. C'est très rare chez moi. Du genre "blindée". Plus de vingt-cinq ans d'expérience, des petits rigolos, j'en ai connu. Mais des Donald, un seul. Donc, de ma plus belle plume, j'écris un long e-mail à mon principal pour demander à ce que cette situation cesse.
J'ai été entendu.
Il faut dire que Donald a fait des émules dans la classe. Effet domino. Peu importe, ils sont maintenant 5 à prendre littéralement en otage 15 autres élèves, qui, eux, ont le niveau et l'envie de suivre les cours de français et qui sont en mesure de trouver ça intéressant et "fun" de temps à autre.
Réunion avec la responsable des 2nd grade à l'issue de laquelle a complètement été remanié l'emploi du temps. Donald et ses 4 camarades auront dorénavant fort à faire puisqu'ils seront encadrés par un collègue, hors de la classe, pendant le temps où j'enseignerai.
Ce collègue est venu les chercher aujourd'hui même.
Je me souviendrai longtemps du regard de Donald lorsqu'il s'est rangé auprès du collègue (environ 1m90 et stature d'un joueur de l'USAP ou des Yankees... au choix) : il avait soudain compris qu'il n'allait plus pouvoir "jouer son rôle". C'est exactement le genre de regard du chat à qui on enlève une souris. "Oh!!!! Pas marrant là... dis donc!!!" Mais quand, en plus, c'est la souris qui a réussi à s'extirper des griffes du chat, prête à parier que le chat n'a pas dit son dernier mot. C'est en tout cas le regard de défi que ce jeune élève m'a lancé.
Plus que 7 semaines.
J'ai fait en sorte de me protéger le plus possible pour que ces dernières semaines soient le plus paisible possible, et que les autres élèves puissent apprendre dans de bonnes conditions. Ils le méritent.
Sans Donald et ses Riri, Fifi, Loulou de service (mais beaucoup moins sympathiques que dans la BD) la séance d'aujourd'hui a été géniale. Quel plaisir cela a été de TRAVAILLER, ECHANGER, LIRE DANS LE CALME, S'AMUSER A CREER UN POEME TOUS ENSEMBLE. Une enseignante et des élèves. Tiens.... J'avais oublié que c'était possible dans cette salle de classe...![]()