On m'a dit qu'il fallait quatre saisons pour s'approprier un lieu, se sentir vraiment chez soi après un emménagement, un nouveau départ. Alors, je fais le calcul. Cela fait huit mois tout juste que je suis installée à Nice. Et j'ai d'ores et déjà traversé une bonne partie de l'été, l'automne (printanier) et l'hiver (pré-printanier). J'ai (vainement) attendu le froid et les bourrasques. Tout au plus quelques pluies intenses de-ci de-là, ont bouleversé ce ciel si lumineux qui font de chaque matin un délice, histoire de maintenir ce contraste bleu-vert avec cette végétation qui caractérise ces collines verdoyantes où se cachent de multiples résidences (là où j'habite).
La météo, ici, n'alimente les conversations que lorsqu'il s'agit de s'indigner d'un WE pluvieux. Ce fut le cas hier. Personne n'a rien compris. Deux jours de pluie non-stop! Y pensez-vous!! C'est-y-que-je-commencerais-pas-à-penser-niçois ;-)
Bref.
Inutile d'attendre la fin du printemps pour me demander si je suis faite pour ce lieu : j'appartiens à ce lieu.
Ok. Il y a "l'autre" lieu. NY. Mais oui, vous savez bien. Cette ville dont je suis raide-dingue depuis tant d'années. Mais là, la concurrence est déloyale.
La météo : depuis le blizzard de 2010, je n'ai plus JAMAIS eu froid de ma vie.
L'immobilier : impossible pour une expat'instit' d'être propriétaire dans la grosse pomme. ça n'est pas chercher une aiguille dans une botte de foin, mais une étoile dans l'univers tout entier. Par contre... ici... même si les prix ne sont pas commodes, et si on est têtue (comme moi), et si on tombe sur l'agent immobilier parfait (pub pour Ralitsa), et bien, on peut réussir à trouver l'appartement de ses rêves, à deux pas de la mer, avec un petit jardin, sans vis-à-vis, entouré de végétations glycines-mimosas,cèdres et pins parasols. Si! Si! (difficile à dénicher à NY).
Les transports : j'adorais mon métro new-yorkais! Ah ça oui! Pittoresque. Des tonnes d'anecdotes et de situations cocasses et loufoques. Les breakdance acrobatiques, les impros musicales du vendredi soir. Les new yorkaises et leur flip-flop dès avril. Les messages des conducteurs. Les rats (ça va se gâter là). Les cafards( volants). Les rainbugs (gigantesques). Je n'échangerai pour rien au monde le lever de soleil de la prom', le matin, depuis ma place préférée dans le bus. Au milieu, à droite. Chaque matin, tout y est différent : couleurs, ambiances, brumes, brouillard, clarté, mer calme, embruns, soleil rouge, caché dans les nuages, pâle derrière Rauba capeu, vélos et chaises bleus, pêcheurs et lignes plantées dans les galets, hardis nageurs qui oublient les saisons.
L'architecture : ok, il y a bien eu sons et lumières sur la façade de Saks-5th avenue. Même chose ici sur les différentes façades des palaces niçois à la période de Noël. ok, j'ai été fascinée par le sapin du Rockefeller center. Je l'ai aussi été par les décorations tantôt dorées tantôt argentées des palmiers de la Prom'.
Mais point de Miss Liberty à Nice me direz-vous.
Que nenni!
Nous l'avons.
Face à mer et tournant le dos à l'opéra, elle mesure 1m30 et trône fièrement sur le quai des Etats-Unis.
Vous les voyez, les branches du palmier, en haut, à droite?
Le multilinguisme : c'est tout pareil! Russe, chinois, japonais, arabe, roumain, créole, anglais, américain, allemand. Les touristes sont présents toute l'année et les étudiants parlent fort dans le bus, dans la rue, pour mon plus grand plaisir. Il n'y a rien qui m'émerveille plus que la prosodie d'une langue.
La culture : tandis que pour Nicolas et moi-même, le MET était tel un "QG" pour nos dimanches, et que nous étions émus aux larmes en arpentant les salles de la Morgan Library, le seul hic à NY c'est que le budget était très très restreint. Pas d'autre choix que de privilégier les sorties gratuites (le MoMa est d'ailleurs envahi d'une foule au budget rikiki tous les vendredis soirs). Non pas que mon budget soit énorme, mais l'offre culturelle est exponentielle dans la région. Concerts, expos, festivals, foires, conférences. Plaisir des sens. Il y en a pour tous les goûts.
La mentalité : où que vous alliez, vous entendrez toujours des personnes (bien intentionnées évidemment) vous dire que les gens y sont comme ceci, ou comme cela. Les "zaméricains". Oh! ils mangent mal, ils sont obèses. Ben voyons... Whole food market, ça vous parle? Et la nourriture organic, hein? Les marchés de produits fermiers? Le miel de Manhattan? Et bien ici, c'est pareil. Les niçois sont adorables! J'y ai trouvé un accueil extraordinaire : entraide, générosité, gentillesse, bienveillance, écoute, ouverture.
Huit mois, c'est presque une gestation. Il y a des bébés qui naissent à huit mois et qui sont en parfaite santé, et qui pointent le bout de leur nez comme pour dire "Hé oh! Pas la peine d'attendre. Je veux profiter, moi... J'ai des choses à vivre!!".
Et bien, pas la peine d'attendre pour clamer haut et fort que je kiffe grave ma vie ici, que j'y suis parfaitement heureuse, entourée de personnes adorables, qu'à chaque fois que je m'absente un peu et que je reviens, j'en ai les larmes aux yeux. Qu'à chaque fois que je roule sur la voie rapide, je m'émerveille de la beauté de cette ville. Qu'à chaque fois que je suis sur la Prom', je suis ébahie par la beauté de la baie des anges (sans oublier la tragédie de juillet dernier).
Je suis ainsi faite : je me réjouis d'un rien. D'un moment. D'une senteur. D'une ambiance. D'un sourire. D'une main tendue. D'une gentillesse. D'une esthétique. D'une lumière.
Ma sensibilité ne m'a jamais trompée.
Mon instinct non plus.
J'ai pas mal navigué. A tout point de vue.
Géographiquement, professionnellement, affectivement.
Mais qu'est-ce qu'il est bon de dire : quel bonheur! Là. Maintenant.
Il n'y a rien d'immuable dans la vie.
Je me garde bien d'affirmer que tout est acquis à jamais.
Mais je m'autorise le droit à affirmer que j'ai fait LE bon choix en venant vivre ici, à Nice.
Mais ne venez pas TOUS vivre à Nice.
Car ce qui est valable pour moi ne l'est pas pour vous : si votre hamac en Polynésie, votre cabane dans le Gévaudan, votre pavillon parisien, votre loft américain, votre cottage irlandais, votre villa provençale vous conviennent, c'est que vous faites partie d'un club très privilégié... le club des gens heureux, ceux qui vivent en accord total avec leurs rêves et aspirations et ... en pleine conscience.