J'ai vécu cette journée telle une apothéose de mon stage ici à Portsmouth. Exprimer ce que je ressens est assez difficile tant l'enthousiasme a été grand et partagé par le groupe tout entier. Il en est de certains formateurs (mais là, le mot est presque insultant tant la qualité de la personne dont je vais parler est exceptionnelle) comme de certains auteurs ou grands cinéastes : connaissance, expérience, esprit innovant et volonté de partager, de convaincre et de diffuser.
Nous avons donc eu le privilège d'écouter Dr Diana Hicks.
Il m'a fallu beaucoup de concentration et de ténacité pour "tenir" le rythme. Le débit de parole était rapide. Le contenu riche. La transition entre les différents thèmes extrêmement brève. La prise de note tantôt en français, tantôt en anglais ne facilitant pas la tâche.
Pour vous donner une idée... (mais la vidéo n'est pas de moi et date un peu)
Vous n'avez pas tenu les 7 minutes? Pas grave. Une des collègues présente dans la salle a du, à un moment, sortir et se relaxer un peu. Too much. Perso, j'ai adoré. Et pas vu le temps passé des 6h de speech (c'est pour dire
)
Il a donc été question de pédagogie de l'anglais, bien entendu, mais à travers le prisme du CLIL (Content Language Integrated Learning). Le mot le + important? INTEGRATED! Why. Because...
Vous prenez vos deux mains ouvertes, puis vous les faites se rejoindre, doigts entrelacés et vous avez l'image de qu'est cette pédagogie.

Attention donc à l'immersion (tiens! tiens! j'y croyais dur comme fer) : quand on pense à "immersion", on voit quelqu'un sous l'eau, et gare à la noyade. L'élève en immersion est donc submergé par trop de contenus dont il ne peut analyser qu'une infime quantité. Il se démotive et perd pied.
Badaboum! 1ère quille qui tombe. Et mes certitudes avec. C'est bien. Je vais beaucoup progresser aujourd'hui.
Importance de la pédagogie spiralaire et non pas linéaire. La pédagogie linéaire est telle une armée de petits soldats (les élèves), qui avance en rythme (celui imposé par l'enseignant). A la fin d'une leçon linéaire, on a 20 soldats complètement perdus et 10 soldats qui ont réussi à suivre le rythme.
Badaboum! 2ème quille qui tombe.
S'autoriser à parler sa langue maternelle pendant les séances d'apprentissage d'une langue vivante. C'est exactement le contraire de ce qui est préconisé habituellement. Pour Diana Hicks, ne parler qu'en anglais, c'est du non-sens. C'est faire passer le message que les élèves ne savent pas grand chose, puisqu'ils ne comprennent qu'une infime partie de ce que le prof dit. C'est un monologue qui démotive les élèves. Les élèves n'ayant une prise de parole infinitésimale.
Badaboum! 3ème quille qui tombe.
Les intelligences multiples. THE révélation! Chaque élève apprend différemment. Chaque enfant s'approprie une leçon, un thème, une notion d'une manière différente de son voisin. Il existe 10 intelligences/manières d'apprendre :
1- Linguistic/verbal
2- Visual
3- Auditory
4- Manipulative
5- Logical-Mathematical
6- Musical
7- Interpersonal
8- Intrapersonal/Metacognitive
9- Kinaesthetic
10- Experimental
L'enseignement frontal et linéaire traditionnel ne s'adresse qu'aux intelligences n° 1 et 5. "Out" pour les autres. Bye-bye! Exit! Et là, on ne parle pas uniquement de 20 petits soldats perdus. Il s'agit d'une énorme proportion d'élèves, qui s'ennuient, qui s'agitent, qui attendent que la sonnerie retentisse et qui se démotivent et pensent que l'école, ça n'est pas pour eux.
Chaque leçon DOIT permettre à chaque enfant, à chaque type d'intelligence, d'apprendre. Donc, l'enseignant DOIT à tout prix, diversifier ses approches, proposer différentes manières d'apprendre, au sein même de CHAQUE leçon.
Voici la structure d'une leçon de LV2 idéale...
1- Start from pupils. Creative + Cognitive activity
2- Finding out. "Meat"
3- Sorting out. Cognitive process. Cognitive/Creative
4- Reflection
Cette quatrième étape étant essentielle dans le processus d'apprentissage! Les élèves étant invités à s'exprimer sur ce qu'ils ont retenu de la leçon, ce qu'ils ont entendu, ce qu'ils ont appris, ce qu'ils vont emmener chez eux, ce qu'ils ont fabriqué, élaboré. Tout ceci en liaison avec leurs sens.
Cela paraît évident.
Désolée, mais ça ne l'était pas jusqu'à aujourd'hui.
Je peux dorénavant m'autoriser à parler en français lorsque j'enseigne l'anglais. Mes élèves sont autorisés aussi à parler leur langue pour compléter une phrase qu'ils n'arrivent pas à finir en anglais parce qu'il leur manque un mot. Et puis, apprendre l'anglais, c'est aussi découper, peindre, dessiner, manipuler ; ça n'est pas triste ; ça n'est pas austère. Et surtout, donner le choix aux élèves. Donner le choix, même pendant une chanson : certains peuvent chanter, d'autres marquer le rythme avec un maracas ou "finger clap", faire mmmmmm ou la-la-la-la. Même chose pour l'élaboration d'un jeu : certains vont choisir d'élaborer des mots mêlés, d'autres préfèreront préparer un acrostiche, d'autres encore vont choisir de construire un "split-puzzle". Mais surtout, surtout : ne pas imposer UNE activité pour TOUS les élèves.
Et re-re-re-badaboum!!!
Nous sommes des milliers à encore fonctionner comme des australopithèques en matière d'enseignement d'une langue vivante.
"Please", a dit Diana Hicks, plus de flash-cards en répétant "apple" "banana".
Re-re...............euh....................non...............il ne reste plus de quilles à renverser.
Juste des évidences à mémoriser. Des certitudes à encrer. Des "perplexes" à convaincre.
Et Diana Hicks de conclure avec l'importance des "CHUNKS OF LANGUAGE" : ces groupes de mots que l'on apprend au tout début, tels "My name is...", "I live in...", "Have a nice day", "See you later...". Ces "chunks" qui ne font pas de vous de parfaits bilingues, mais qui aident à amorcer une fluidité du langage et que tout prof de LV doit utiliser à profusion.
Nous avons eu droit à une dictée. Mais pas traditionnelle bien évidemment. Notre dictée était une "dictogloss" :
- Listen + write (individuellement, nous devions compléter les closures d'un texte lu)
- Work together and help each other (par groupes de 3, vérification et correction si nécessaires -les closures n'étant pas les mêmes d'une feuille à l'autre)
- Chunks : extraire les "chunks" du texte.
- Surligner les "chunks" et surligner le reste du texte : tout le texte est surligné mais mettant en évidence deux caractéristiques linguistiques différentes.
Six heures plus tard, me voici enthousiaste, prête à synthétiser tout ceci dans un maaaaaaaaaaaaaagnifique rapport de stage, et prête à remuer des montagnes pour faire bouger les choses.
Comme le dit Diana Hicks dans un document que je rapporterai dans ma petite valise, il s'agit de donner les moyens à l'école du XXIe siècle d'aborder l'apprentissage des langues vivantes d'une nouvelle manière, plus efficace, mais surtout, tenant compte des intelligence multiples de nos élèves.
Une personne monolingue sollicite un seul côté de son cerveau.
Une personne bilingue (ou trilingue ou plus) sollicite les deux côtés de son cerveau.
Belle image donné par notre "mentor" de ce jour qui nous demande d'imaginer l'intérieur de notre tête tel un sapin de noël scintillant. Et fou rire général lorsque j'ose intervenir pour dire qu'aujourd'hui, nous avons tous été des petits sapins de Noël.
Merci Dr Diana Hicks!
J'aimerais beaucoup vous inviter en France pour convaincre l'opinion qu'apprendre l'anglais, c'est fun, intéressant, motivant et utile.